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Thibault Liger-Belair

« Nous ne sommes pas des moutons ! »

« Nous ne sommes pas des moutons ! » Ou comment un viticulteur bio a dit stop aux traitements imposés par la loi.

2015, quelque part en France. Ils sont éleveurs, maraichers, céréaliers, viticulteurs. Ils ont fait du bio une raison d’être. Chaque matin, ils se lèvent pour chouchouter une plante, bichonner un animal, préserver des sols et accompagner leur production le plus naturellement possible. Thibault Liger-Belair est l’un d’entre eux.

 

« Nous ne sommes que des passeurs. Notre métier consiste à laisser aux générations futures un sol digne de ce nom : sain et propice aux cultures ».

Viticulteur bourguignon, installé à Nuits-Saint-Georges et inspiré par la biodynamie, Thibault Liger-Belair a véritablement eu un coup de cœur pour le Beaujo. Parce qu’il y a fait ses études sans doute, mais aussi et avant tout parce que ce terroir du sud de la Bourgogne a, selon lui, quelque chose d’exceptionnel : « j’ai le souvenir d’une dégustation à l’aveugle où des vieux millésimes de Beaujolais ont devancé des Echezeaux ou des Musigny ! » En 2008, il se lance et achète des vignes « à l’époque, personne n’y croyait. Mais plus les gens doutaient, plus j’aimais ce vignoble ». 14 hectares plantés dans le nord du Beaujolais sur la seule appellation Moulin à Vent et une ambition simple : devenir un domaine de référence. Culture en bio et en biodynamie, petit rendement, cuvées parcellaires, Thibault magnifie le terroir inspiré par le savoir-faire bourguignon et par son expérience en Côte de Nuits. « Les vignes les plus jeunes ont 55 ans, les plus anciennes 140. Depuis le premier millésime, en 2009, nous menons un travail de fond pour redonner vie aux sols ».

 

« Je ne laisserai pas un décret sans fondement anéantir un travail de fond mené depuis des années pour ressusciter des sols ».

2013. Stupeur dans les rangs de vigne. Un arrêté préfectoral oblige l’ensemble des viticulteurs de Saône-et-Loire à traiter, de manière préventive, le vignoble contre la flavescence dorée. Pour Thibault Liger-Belair et un certain nombre de viticulteurs du coin, « ce décret est tout simplement sans fondement ».
Explication. Le domaine de Thibault a la particularité d’être à cheval sur deux départements : le Rhône, où aucun traitement n’est recommandé et la Saône-et-Loire où 3 traitement sont imposés par la loi. Un simple chemin de vigne d’environ 4 mètres de large marque la frontière. Comment justifier, qu’à seulement quelques mètres près, le risque s’efface ?… Pour Thibault, c’est la preuve que ce décret est une mesure aberrante prise dans l’urgence. « Nous nous sommes réunis au sein d’un collectif pour apporter des justifications et un éclairage sur la question. A partir de vraies observations, nous avons apporté des réponses qui ne sont pas seulement administratives, mais en phase avec une réalité de terrain. Objectivement, nous pouvons le dire aujourd’hui : la zone de Moulin à Vent ne présente aucun risque ». Médiatisé une première fois sur le petit écran, le combat des vignerons du Beaujolais pour travailler sur un zonage précis, trouver des solutions et des mesures plus adaptées a eu un effet pour le moins inattendu : par un beau matin de novembre, Thibault, reçoit une visite de la DRAF (Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt). Sympa ! Quelques mois plus tard, Thibault est poursuivi en justice pour avoir refusé de traiter ses vignes contre la flavescence dorée ; il encourt jusqu’à six mois de prison et 30.000 euros d’amende.

 

« Appliquer une décision qui n’a pas lieu d’être ? Ce sera sans moi ! »

A l’approche de l’audience qui aura lieu le 17 novembre prochain, Thibault est serein : « Je ne suis pas un “anti-tout”, prêt à agir en dépit du bon sens. Mais dans ce cas précis, nous marchons sur la tête. Je vais défendre ma vision des choses et apporter les justifications agrobiologiques nécessaires. Avec de telles dérives, on va droit dans le mur, et on prend le risque de détraquer un écosystème, c’est ridicule ». Soutenu par plusieurs collectifs et par Europe Ecologie les Verts, Thibault tient à préciser qu’il n’a rien fait pour être sous le feu des projecteurs et qu’il ne s’agit pas d’une démarche à caractère politique : « Ce procès, c’est le combat d’un vigneron et d’un mec qui a des convictions. Je n’ai pas demandé à être médiatisé ou à prendre la parole… Mais si je peux faire passer un message et défendre une culture plus attentive, alors tant mieux ! » 

Pour écouter Thibault Liger-Belair nous parler de ces problématiques, c’est par ici, et c’est issu d’un extrait du documentaire « Insecticide mon amour »:

 

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